
Mais chers collègues…
… les psychanalystes n’ont jamais rien apporté à personne… Ni aux vers de
terre, ni aux plantes, ni aux chaussettes, ni aux États, ni à l’univers, et pas non plus à
Dieu. Ils ne sont pas tels ces évangélistes délivrant au monde une bonne nouvelle, une
promesse ; ils n’ont en main aucune bible, au cœur aucun amant crucifié, ni nul père
tout-puissant. Le seul texte sacré auquel ils ont affaire est serti dans la parole analysante.
Ce sont eux, ces analysants, qui apportent leurs symptômes à leur analyste d’élection –
qui font ce geste d’apporter. Que fait un psychanalyste ? Il reçoit. Et il faut se lever de
très bonne heure pour finir par se rendre compte que la castration est un don – un don,
non pas de l’analyste, mais de son analyse à l’analysant.
Où est l’erreur ? Les psychanalystes assez nombreux qui ont choisi de contribuer
à cette malencontreuse collection au titre prometteur (« Ce que les psychanalystes
apportent à… ») se sont déplacés ailleurs, ont perdu leur position voisine de celle des
analysants en marge du social. Ce glissement contemporain montre le bout de son nez
lorsqu’ils s’adressent à un député, autant dire à l’État. Les voici logés du côté du
manche (du maître) oublieux que ce à quoi ils ont affaire, le manche ne le contrôle pas
(malgré des efforts, aujourd’hui insistants, nombreux et technocratiques).
Décidément non, la psychanalyse n’est pas d’utilité publique.
( 2022)